Phonorama : matériel d’entrainement de la compétence métaphonologique

Actualités Orthophoniques Juin 1999 (volume 3, n°2)
D’accord, cela ressemble à un compte-rendu de mémoire de fin d’études avec une partie théorique et une « recherche », terminé par quelques interrogations et propositions. Mais pourquoi bouder notre plaisir et surtout notre intérêt devant ce travail bien fait.
Commençons donc par la partie théorique :

Les dernières années ont vu éclore de nombreux travaux de recherche sur les mécanismes de lecture et sur la dyslexie, souvent à l’initiative de psychologues. De ce fait le tableau étiologique a bien changé : le lexique, la mémoire sémantique, l’analyse syntaxique ou les difficultés de compréhension se sont effacés devant l’incontournable trouble phonologique. En fait c’est la difficulté à accéder et à utiliser certaines informations dans ce domaine qui formeraient la base des troubles de la lecture. En clair c’est la conscience phonologique (C.P.) qui poserait problème. Et comme le disent les auteurs « il est admis qu’un enfant présentant des défaillances de la C.P. sera susceptible de présenter un trouble de la lecture ».

La C.P. correspond à la conscience des suites phonologiques ou « sensibilité phonologique ». Elle n’est pas innée. Elle se développe avec l’apprentissage de la langue puis avec l’apprentissage de la lecture sur un mode interactif. Elle est la cause ET la conséquence de l’apprentissage du langage écrit.

A trois ans, 20% seulement des enfants ont conscience des rimes des mots isolés. A quatre ans, la moitié des enfants réussit la tâche de segmentation syllabique mais aucun celle correspondant au phonème. Par contre à six ans, 90% réalisent la segmentation syllabique et 70% celle du phonème.

On doit relever que cette C.P. n’émerge que lorsque la situation d’apprentissage du langage écrit apparaît.

Divers études (en particulier celle de Lunberg) montrent que l’analyse segmentale et la capacité à inverser les segments est au c?ur de la réussite en lecture puis en orthographe. Et diverses études (Bradley, Olofsson) montrent qu’on peut entraîner spécifiquement ces habiletés.

Le matériel Phonorama, créé à partie des travaux de Lecocq, est composé d’un matériel imagé. Cela est plus attrayant pour l’enfant, permet de n’aborder que des notions concrètes et évite le recours à la mémoire. Mais surtout, les présentations visuelles et auditives font apparaître la segmentation. Le matériel s’articule en trois parties : les rimes, la syllabe et le phonème, progression correspondant aux trois niveaux successifs de la C.P.

• – La prise de conscience des rimes

• Reconnaissance

C’est le début de la décomposition volontaire du mot par l’enfant.

Une image cible est proposée accompagnée de six autres images. L’enfant doit relier les mots qui riment avec l’image cible. Il s’agit donc d’une simple comparaison, première étape dans la maîtrise de l’enfant. On peut aider visuellement (écriture du mot et soulignage de la rime) ou auditivement (en faisant ressortir la rime) l’enfant dans un premier temps. Les rimes peuvent être éloignées, puis proches.

• Identification

L’enfant doit trouver la rime puis la comparer (est-ce que ces mots riment ou non ?). dans le même domaine, on peut faire un memory des rimes.

• Transcription

On demande ensuite à l’enfant d’écrire la rime. On commence par des mots déjà vus dans les précédentes épreuves.

• Production de rimes

La démarche est différente puisque l’enfant part de la rime pour chercher, dans son propre stock lexical, des mots qui riment.

• – La segmentation du mot en syllabes

• Reconnaissance

L’enfant doit trouver des mots (à partir d’images) qui contiennent la syllabe écrite cible (ex : /cro/). Une aide orale peut être accordée au début, de même qu’une aide par la verbalisation du mot.

• Identification

Trois images sont présentées et l’enfant doit trouver la syllabe commune. La syllabe est placée au même endroit pour chaque mot. Un memory est également proposé avec des mots commençant par la même syllabe. On peut également demander à l’enfant la place de la syllabe dans un mot.

• Segmentation mots/syllabes

Le mot rébus est évidemment l’exercice le plus approprié. Avec les mêmes items, les auteurs proposent un autre exercice où il faut trouver une des syllabes d’un mot donné (par image). De même, un exercice propose de trouver la syllabe manquante à partir d’un mot écrit tronqué et d’une image.

Il y a également des exercices de comptage de syllabes et de catégorisation, dont le but est d’automatiser les capacités de segmentation syllabique.

• Manipulations syllabiques

Les manipulations forment un degré supplémentaire dans la maîtrise des mécanismes par l’enfant. En effet, une étape supplémentaire (enlever une syllabe et reconstituer ensuite un mot) est requise. Un exercice d’inversion de syllabes est proposé ainsi qu’un exercice de dominos écrits.

• – Prise de conscience phonémique

on retrouve la même progression que pour la syllabe.

• Reconnaissance

Il faut relier les mots avec le son cible. Une aide par l’oral ou la présentation écrite est possible au début, puis elle sera estompée. La progression est classique : sons vocaliques, puis consonantiques longs et enfin occlusives orales .

• Identification

« Par quel son commence (ou finit) le mot ? ». La simple comparaison n’est plus possible. L’enfant doit chercher la place du phonème, puis le détacher de sa syllabe.

Un mémory et une recherche d’intrus sont aussi proposés. Enfin un travail de discrimination intra-syllabique (« où se trouve le son cible dans la syllabe ? ») est prévu.

• Segmentation

Il y a un exercice de comptage de phonèmes, avec des syllabes simples et courtes ou bien des syllabes complexes. Un autre exercice consiste à retrouver la lettre manquante dans une syllabe complexe.

• Manipulations

Comme au niveau syllabique, les épreuves de manipulation sont les plus difficiles et de nombreux enfants échouent ; Les auteurs ont donc prévu plusieurs épreuves, du type « identification du phonème enlevé », « rajout d’un phonème » ou « substitution du premier phonème » sans oublier les dominos et labyrinthes.

Voici donc un article totalement tourné vers l’intervention au quotidien, mais sous-tendu par une sérieuse analyse des troubles. Bien sûr plusieurs de ces exercices vous sont sans doute connus mais ils sont ici regroupés et surtout recadrés par rapport à un trouble bien déterminé. Le rêve….Et si vous n’avez ni le temps ni l’envie de créer vous-même vos items, vous pourrez toujours les acheter.
N. ISSOUFALY et B. PRIMOT

Rééducation Orthophonique, 1999, n°197, pp.95-124